Une chronique de Michel Baqué, avec des informations de Huffpost. Photos galerie Google.

Ce mardi 8 mai, la France  a célèbré la capitulation de l'armée allemande en 1945... (et non pas l'armistice comme on l'entend souvent). Et pourtant, on aurait tout autant pu commémorer cet événement 24 heures plus tôt.

Rappel des faits: Le. 7 mai 1945...., 2 heures du matin...: à Reims, quartier général du commandant des forces alliées Dwight Eisenhower, l'Allemagne, par la signature du Général Jodl officialise l'acte de reddition de l'armée allemande

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Photo archives du Parsien libéré

Un jour plus tard, un second document, quasiment identique, était ainsi paraphé. Nous sommes cette fois le 8 mai, et celui qui appose sa signature au nom de l'Allemagne est le Général Wilhelm Keitel. Si l'Histoire a retenu cette date plutôt que la veille, c'est d'abord en raison de la colère russe, car Staline n'avait en effet pas du tout apprécié que la reddition allemande ait lieu à l'Ouest et non à Berlin, tenu par l'armée russe.

Hélas, à notre époque, les survivants de cette horrible guerre commencent à se faire rare, puisque ceux qui avaient 20 ans en 1940 comptabilisent 98 ans, les plus jeunes partis au début de 1945 à 18 ans, sont âgés aujourd'hui de 91 ans.

Ctadelle de Sistéron

Citadelle de Sistéron

Au mois de mai 1945, j'avais huit ans et je n'ai jamais oublié les cloches qui sonnaient à toute volée au clocher de Barran, un tout petit village gersois où nous étions venus nous réfugier durant l'été 1944. L'année précédente, le 22 février 1943 mon père était arrêté à Mirande par la gestapo,  Etant boucher, il était soupçonné de fournir les vivres aux maquis de la région lors de raids nocturnes. il fut d'abord interné à Berdoues, au camp 504 GTE. Quelques semaines plus tard il fut déporté à la citadelle de Sisteron d'où il allait partir pour un camp de concentration en Pologne.

Le 8 juin 1944, eut lieu à la citadelle une évasion collective dont faisait partie mon père.....malgré une claudication due à un accident en 1942, le 27 juin au petit matin, mon père revenait au foyer après avoir marché près de 600 km. C'est à une trentaine de kilomètres de Mirande que mon père s'est trouvé face à face avec un jeune garçon d'une quinzaine d'années. Il s'agissait d'un enfant dont la famille juive avait été arrêtée par les Allemands à Auch. Toujours est-il, que mon père est arrivé avec ce jeune garçon qui s'appelait Jaco, et 48 heures plus tard nous nous trouvions, ma mère, mon père, mes deux petits frères,Jaco, moi et le chien Néron, à Barran où je me souviens, nous avions été hébergés chez un capitaine en retraite, puis avons habité une petite maison face à celle du capitaine. Tous les soirs, mes parents écoutaient les informations du front sur un vieux poste TSF, dont j'ai toujours en tête l'indicatif radio.... c'est là que nous avons appris que la guerre était terminée, et ce jour-là les gens étaient joyeux et devisaient sympathiquement sur la place du village.

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1944 nous habitions à quelques metres de la porte du village

Quelques jours plus tard, toute la famille revenait rue du président Wilson à Mirande, où mon père reprenait son travail de boucher et Jaco devenait apprenti boucher en espérant de longues années sans résultat, de retrouver ses parents. C'est ma mère qui fit tous les papiers auprès de la sous-préfecture qui fit de nombreuses recherches toutes vaines. Jaco devenait ainsi mon grand frère durant quatre années. Mon père décida que Jaco avait parfaitement assimilé le métier de boucher charcutier, mes parents lui conseillèrent de créer son propre commerce, et ils l'aidèrent pour s'installer à Auch.

Voilà en quelques lignes le récit d'une guerre vécue par une famille avec toutes ses joies mais aussi toutes ses peines, et qui marque les mémoires par la réalité des faits, autrement plus humain que les discours stéréotypés lus et relus devant les monuments aux morts.....